Au pays des tulipes et de la moquette, il y avait huit joggeuses.....
Une semaine déjà, et je réalise à peine. Des mois à y penser, 8 semaines de préparation, Un week end vécu intensément et c'est déjà fini.....
Il faut dire que je vous ai saoulé, ces derniers temps avec mon marathon. Revues, bouquins, sites internet, blogs et forums, tout y est passé et j'en ai lu des doctrines...g
La meilleure: à chaque kilo que tu perds, tu gagnes 10 minutes sur ton marathon. Ce à quoi Yvon m'a répondu: moi j'en ai 6 en trop, génial, je vais gagner une heure sur mon meilleur temps! Euh, tu te moques, Yvon?
Donc, le matin même, nous étions encore à nous poser mille questions existentielles: quel tee shirt, et s'il est trop serré, et si j'ai mal, et qu'est ce je mange, et à quelle heure, et j'ai pas pris de vitamines c'est grave....
Tout cela sous l'oeil amusé des aguerris du marathon. Tout cela pour conjurer l'appréhension et l'émotion qui montait.
Huit, nous étions huit à nous lancer dans l'inconnu, comptant sur notre petit groupe du calhjogging pour combler notre inexpérience.
Enfin prêtes et jusqu'au bout des ongles (orange), nous y allons, en mode communautaire, tous unis et heureux d'être ensemble (vive le cliché Bisounours).
On entre dans le stage olympique, c'est grandiose, il fait froid, on part pour l'aventure, l'inconnu, la jungle (là c'est un peu trop), la musique nous prend aux tripes.......
Je retrouve ma copine Luba que j'avais embarqué dans mon délire la dernière fois que l'on s'était vues. Et qui avait suivi, franco, sans hésiter, je suis sûre qu'à différents niveaux, un grain de folie nous habite tous.
Le départ, enfin! J'y suis. Depuis le temps que j'en rêve. Je démarre avec mes copines, Florence et Pascale et Patrick. Les autres sont devant, Isa derrière. Isa qui fera toute la course seule, elle a fait ce que ne j'aurais jamais su faire.
Les premiers kilomètres défilent, faciles. Je profite du paysage, je regarde les bâtiments, le nom des rues. On passe dans "Marathonweg," un signe. Vers 12 km, on croise Clotilde et les enfants (les siens, les miens) qui nous encouragent. Séance photo.
Nous sortons de la ville et courons le long du canal. Mon petit frère m'avais dit: tu verras, la partie le long du canal c'est chiantissime. Je n'arrive pas à trouver cela ennuyeux. Nous avons couru 15 km et je suis toujours aussi euphorique. Je papote avec Yvon, très rassurant, "si tu as de bonnes sensations maintenant, c'est presque gagné, continue à dérouler tranquillement" il me dit.
A ce moment notre groupe est constitué de Patrick, Yvon, Fab, Flo, Pascale et Valérie. Nous allons courir une bonne partie du marathon ensemble. Patrick a piqué nos montres et est le maître du temps indiquant à Florence quand elle doit boire ou prendre son cachet magique. On passe le semi, en 2 H 25. Je me dis dans ma petite tête, qu'en moins de 5 h, ca va jamais le faire. Les jambes commencent à tirer. Valérie ne suit pas, elle ne veut pas se mettre dans le rouge. Fab reste avec elle. J'admire ce côté corporate. Je trouve ça hyper sympa. Je commence à trouver la berge du canal longue........
On rentre dans la ville. Ca déroule encore assez facilement mais je n'ai pas de souvenir précis. Au 26 ème ou 27 ème, km, nous recroisons Clo. Je cours quelques mètres avec mes enfants, grand moment d'émotion et de bonheur. Clotilde filme. C'est génial.
On approche du mur, le fameux...... Pascale prévoit de ramper dessous et Flo de le survoler. Moi, je gamberge. 28 ème; jusque là, tout va bien, 29 ème; jusque là, tout va bien, 30 ème, 31 ème, 32 ème ça passe..... Peut être que je suis sauvée.... Ben non, en fait j'ai super mal aux pieds. Et je commence à avoir les yeux rivés sur eux.... 35 ème, il y en a encore 7!!!
Une espèce de mantra commence à tourner dans ma tête: "tu ne peux pas marcher, mets un pied devant l'autre, ne réfléchis pas, cours! C'était pas la peine de courir 35 km si c'est pour s'arrêter maintenant". Je double plein de gens malgré une allure qui me semble escargotesque, cela m'encourage.
Les démarrages après les ravitos me paraissent tellement difficile que je préfère courir que m'arrêter. Je zappe le dernier. L'arche des 40 apparaît. Je vois 4 h 47.... Mon neurone blond calcule: "donc que j'ai 13 min pour faire 2 km 195 m soit une allure de 6 min 30 au kilo, allure que j'ai du perdre vers le 30 ème km".... J'accélère (c'est un bien grand mot) pour comprendre un peu après qu'en fait il me restait au moins 23 min car nous avions franchi la ligne de départ 10 min après le top.
Fab et Valérie remontent, je suis super contente pour elle. Patrick essaie de nous mettre à leur allure mais c'est trop difficile pour moi, je vais finir, tout doucement mais en courant.
L'entrée dans le stade est indescriptible et je laisse chacun à ses souvenirs. En tous les cas, je tremble, embrasse beaucoup de monde, mes jambes se dérobent. J'ai relevé mon défi en 4 h 51.
Mais pas toute seule, avec tous ceux qui m'ont entourée, cru en moi et qui sont restés à mes côtés pendant 42, 195 km!!!! Qu'on ne me dise plus que la course à pied est un sport individuel!Et même à distance, l'esprit d'équipe a fonctionné. Merci Karine et Domi pour votre accueil à notre retour.
Sylviane.